Tu t'es adressée directement à ton frère lors de ses obsèques. Ce livre-album c'est parce que tu avais encore des choses à lui dire ?
"Le projet, ce n'est pas moi qui l'ai proposé, l'idée de ce livre-album est venue des éditions Michel Lafon. Ils ont pensé que ce serait bien que j'en sois le rédacteur en chef de A à Z, pour ajouter une touche d'intimité. Au départ j'ai dit oui sans hésiter, car c'etait pour moi une manière de participer à la vie de l'association en lui reversant mes droits d'auteur. J'ai douté de moi, je ne savais pas si j'allais en être capable, mais ça me paraissait tellement évident de continuer le combat de mon frère contre la mucoviscidose. Ça me tenait à coeur. Et puis, me retrouver seule avec lui à travers le choix des photos et l'écriture, pendant un mois tous les jours, ça m'a fait du bien, j'ai pu me libérer, mettre des mots sur ce que je ressentais. Même si ça a été pénible de revoir toutes ces images, de me mettre devant une feuille de papier pour lui parler, c'etait une expérience positive avec le recul. Ça n'a pas été facile non plus de savoir la limite à ne pas franchir dans l'intimité que je pouvais partager avec lui à travers ce livre. La peur de ne pas en dire suffisamment ou de trop en dire. Des fois, je me laissais aller, mais il y a des choses qui resteront à jamais entre lui et moi."
Comment s'est passée la relation entre le poids des mots et le choix des photos ?
"Je n'avais pas de fonctionnement établi, pour moi ce n'etait pas un travail. Je regardais les photos, certaines étaient des déclencheurs : un souvenir me revenait ou une envie forte de lui dire ce que ce moment vécu m'inspirait."
Y'a t-il des choses que tu n'as pu ou su lui dire ?
"Non, je n'ai pas de réel regret. S'il y a des choses que je ne lui ai pas vraiment dites, c'etait par protection. Je ne voulais pas trahir ce sentiment d'impuissance qui pouvait m'envahir face à sa maladie. Même si je suis sûr que mon frérot ressentait notre inquiétudes dans ces moments-là. En faite c'est lui qui s'inquiétait pour nous, sans cesse. Ces non-dits, c'etait pour le protéger, comme lui même minimisait son état de santé pour me protéger."
Tu ne lui a jamais envié sa vie d'artiste dans la lumière ?
"Je me suis jamais sentie mise de côté. Et pourquoi aurais-je été jalouse ? Il a toujours été merveilleux, ce qui comptait pour moi, c'était Greg. Sa réussite et son bonheur ont toujours fait le mien. Il était heureux, je l'étais. En plus avec ma timidité..."
Au delà du frère il était un peu ton Héros ?
"Je l'admirais autant que je l'aimais. Je ne suis pas devenue "groupie", mon frère avait un talent inné, un don, j'étais simplement admirative quand je le voyais sur scène."